Ali Abu Yaseen

Ali Abu Yaseen

French below

Ali Abu Yaseen is a Palestinian actor and director start his in 1990 as an actor then he direct hi first play the Clown in 1994 . Ali start doing TV drama in the last years in the 1990s he received his first best actor award in Tunisia festival 2004 on his one man show Abu Arab he directed and worked on the text in Gaza monologue  play 2010 he works also as manger in Palestine national TV his last and most well known the one man show The photographer Ali directed and act in more than 40 plays and 5 TV show.


Ali Abu Yaseen est un acteur et metteur en scène palestinien. Il a commencé sa carrière en 1990 en tant qu’acteur avant de dirigé sa première pièce “Le Clown” en 1994. Ali commence à jouer dans ses séries télévisées à la fin des année 1990. Il reçoit le prix du meilleur acteur au festival de Tunisie en 2004 pour son seul en scène “Abu Arab”. Il travaille et met en scène en 2010 le monologue “Gaza” et travaille en parallèle sur Palestine TV. Son dernier seul en scène “Le photographe” a été joué plus de 40 fois et retransmis à la télévision.

Semaine 1

Monodrame
Pièce de théâtre
Expert économique et politique
1ère partie

Abu Sakher est assis seul dans la maison, tendu et effrayé, avec des sentiments et des pensées différentes.

Soudain, il prend son téléphone portable et appelle sa femme, qui est, avec ses six enfants, en visite chez son frère.

Abu Sakher : “Alo Om Sakher, comment ça va ? vous me manquez toi et les enfants, vous êtes satisfaits chez ton frère ?”

Son visage change : “j’ai de la fièvre moi, ce n’est pas normal ce que je dis ? ok, tais-toi, tout ça parce que je t’ai dit que tu me manquais ?!”

‘Ne dis rien et écoute moi, non non je ne veux pas que tu rentres,  maintenant je vais dire quelque chose d’important et de dangereux. Non, je ne me suis pas remarié, je ne trouve pas de quoi manger pour que je puisse me remarier. Alors ! sois sage et écoute-moi.”

“Ma sœur qui habite à Rafah est venue me rendre visite,” -il répond à sa femme- ” Je ne sais pas comment elle s’est souvenue de moi, cela fait deux ans qu’elle n’est pas venue, il se peut que je lui manque ! Enfin, s’il te plait tais-toi et laisse-moi t’expliquer, sinon je vais casser ce portable par terre !”

“Une personne contaminée par le coronavirus est rentrée d’Égypte, elle a fréquenté ma sœur . Les services de la sécurité sanitaire ont fait leur enquête, ils ont découvert qu’elle a, entre autres,  fréquenté ma sœur.” – Il s’adresse à sa femme – “Maudit sois ta tête rance, fréquenter veut dire saluer, parler avec, rendre visite à son mari, ce n’est pas ..ouf Ouf.”

“Les services de sécurité sanitaire ont su que ma sœur est venue me rendre visite au camp de Shati, ils sont arrivés chez-moi habillés comme des astronautes ! Ils l’ont emmené au confinement à Rafah, et m’ont demandé de me confiner chez-moi.  Eh oui, je suis confiné, il est interdit que je sorte de la maison pendant 14 jours, je suis soupçonné d’être contaminé. Il faut attendre les résultats du test, après quoi, soit ils renouvèlent la durée du confinement soit ils me laissent tranquille.”

“Oui, c’est vrai, comme quelqu’un qui est arrêté administrativement en prison, bravo tu commences à comprendre ! En résumé, ils m’ont demandé, et ont insisté, de ne fréquenter personne. Donc tu dois rester avec tes enfants chez ton frère jusqu’à la sortie des résultats du test. J’espère que je ne suis pas contaminé. Arrête de pleurer Om Sakher, tu me fais mal au cœur, laisse-moi parler à ton frère.”

“Que Dieu te bénisse Abu Rebhi. Félicitations ? Mabrouk ? pourquoi tu me félicites ? Pour la catastrophe dans laquelle je suis tombé ? Ni catastrophe ni rien, écoute-t-il. Mais je suis un vieil homme, j’ai entendu parler que le coronavirus tue les vieux hommes. Il écoute puis dit : oui j’ai entendu parler des deux vieux hommes arrivés du Pakistan, les deux premiers contaminés à Gaza, oui, oui, je sais, ils sont restés en bonne santé sans conséquences particulières du virus. Mais ce sont des hommes habituées à manger des œufs et des poulets alors que moi je suis faible, j’ai peur que ce corona me jette dans la 7ème terre.”

“Oui je t’écoute. Des coupons (pour des cartons de produits alimentaires), des aides, je vais devenir riche ?! tu es sur de ce que tu dis Abu Rebhi ? Les personnes contaminées par le coronavirus sont submergées de coupons et d’aides, est-ce vrai ? Enfin, la vie va sourire pour moi. Quelle bonne nouvelle ? T’inquiète ! je transférerai les aides chez toi, je donnerai ton adresse. Le plus important est que tu fasses attention à ma femme et aux enfants. Oh, je n’ai plus de crédit sur mon téléphone : il vous reste une minute …. Recharge-le pour moi s’il te plait. Je te rembourserai, ne t’inquiète pas. Le téléphone a coupé.”

Abu Sakher très content : “La vie me sourit, merci ma chère sœur, je vais recevoir beaucoup d’aides” – Il danse – “je suis riche”

« Abu Sakher Fi Al-Hajer » (au confinement) ça rime, c’est un beau titre pour un film…

Semaine 2

Monodrame
Pièce de théâtre
Expert économique et politique
2ème partie

“Ce qui m’est arrivé ressemble à un film, ma vie est bouleversée en quelques minutes, je ne comprend plus rien, est-ce possible que je devienne riche ?”

“Oh, ça ne t’arrivera jamais – arrête ton pessimisme, Dieu peut casser un chameau pour le diner d’un chacal (proverbe), Dieu soit loué.”

On entend des voix d’enfants qui arrivent dans la rue près de la fenêtre d’Abu Sakher qui donne sur la rue et qui est très basse, au point où les passants peuvent voir l’intérieur facilement, les enfants crient :

“Oh Abu Sakher de Corona, vas t’en d’ici”

“Oh Abu Sakher le malade, collaborateur des américains”

Abu Sakher réplique à haute voix

“Que Dieu maudisse votre diable, dégagez d’ici et allez jouer plus loin, le service de la santé préventive m’a demander de garder une distance de 3m minimum avec les gens. Au fait, ce que vous dites rime bien et ça peut faire l’objet d’une chanson.”

Il prend son Oud et commence à jouer et chanter

“Oh Abu Sakher de Corona, vas t’en d’ici

Ça va bien, il faut juste rajouter un couplet”

On entend la voix de son voisin Abu Hassan crier aux enfants qui partent aussitôt

“Allez éloignez-vous, c’est dangereux de rester ici. Que Dieu te guérisse Abu Sakher”

“Merci Abu Hassan”

Le portable d’Abu Sakher sonne

“Comment tu l’as su ? Merci, j’attends le résultat des analyses et je dois observer une durée de 14 jour de confinement, qui peut être prolongée (explique-t-il). Merci Habibi, au revoir. Il ne sait pas qui l’a appelé !”

Il éteint le portable et attend

“Ah ! Il se peut que ça soit le service des coupons alimentaires qui m’appelle”

Il répond au portable

“Que Dieu te garde, comment tu l’as su ? C’est sur Facebook ? Toute la ville sait que j’ai le Coronavirus, bien c’est bien, mais qui tu es ?”

Il murmure tout seul “C’est quelle banque que j’ai oubliée, Arabe ou Palestine ? le soutien est arrivé !

“Ah, quand on était dans la sixième classe, tu t’asseyais dans le banc qui était derrière moi ! écoute y a quelqu’un qui appelle…”

* En arabe on prononce les deux mots de la même façon : bank *

Il éteint, le portable sonne puis s’arrête puis sonne plusieurs fois, enfin il répond en colère

“Que Dieu te garde, je suis confiné, ils m’ont fait un prélèvement et j’attends le résultat – il rappelle – ils peuvent prolonger, puis il éteint le portable.”

“Qu’est-ce que c’est que ce bled, si quelqu’un éternue à Rafah, on lui dit à tes souhaits à Beit Hanoun ! C’était avant le corona, maintenant si quelqu’un éternue, sauve qui peut !”

“J’ai mal à la tête, mais il se peut que le service des coupons alimentaires appelle. Tu ne penses qu’à ça. Sois sérieux Abu Sakher, il se peut que tu sois réellement contaminé.”

“Si c’est vrai, je ne résisterai pas, ils disent que c’est très dangereux pour les personnes âgées. Ay ! Le corona peut les tuer en deux jours, je ne suis pas si âgé, je n’ai pas atteint la soixantaine. Il s’agit des personnes qui dépassent la soixantaine, en plus je ne suis pas malade, un peu d’allergie et de toux qui me reviennent de temps en temps, mais moi je vais très bien, quoi ? tu vas bien ? tais-toi !”

“Je ne vais pas me taire, cela ne fait que quelques heures depuis que j’ai su, et j’ai commencé à parler à moi-même, vas écouter quelque chose à la radio”

Il allume la radio et écoute le speaker parler d’aides aux peuple palestinien à cause de la pandémie de Corona

Le Qatar a donné 150 millions de dollars pour la bande de Gaza à cause de la pandémie de Corona pour soutenir les personnes touchées.

“C’est moi les personnes touchées ! – il engage un calcul dans sa tête – il y a combien de personnes contaminées à Gaza, 10 ? disons 15, 150 millions divisés par 15 donc 10 millions pour chacun, tu vas même jouer avec l’argent Abu Sakher. Mais non, c’est trop, il y a des gens qui n’ont pas de quoi manger, je vais faire des donations pour les pauvres. Eh ! tu as commencé à gaspiller l’argent dès maintenant ? Je n’ai pas encore calculé ce qui va me revenir de l’Union européenne, des autres pays arabes, des pays asiatiques et du monde entier.”

“Il faut que je réponde au portable” C’est son beau-frère Abu Rebhi

“Quoi Abu Rebhi ? tu veux venir me voir en urgence ? non Habibi, tu ne viens pas je ne viens pas ! dis-moi ce que tu veux via le portable, tu sais que c’est interdit de recevoir quiconque”

Il murmure tout seul “Ha ! il pense que je suis un idiot, il veut qu’on soit 16, et au lieu de gagner dix je ne gagnerai que 9 !”

A suivre…